« Bout’presse » :
Bout d’humanité dans le commerce de proximité

Ce sont les cartes postales en noir et blanc qui ont attiré mon attention sur cette boutique de Presse. J’ai donc pris l’habitude d’y venir tourner les portants. Compléter ma collection, choisir d’autres cartes plus colorées, différentes pour un évènement ou pour le plaisir. Ma fidélité à ce commerce de proximité a débuté ainsi. Carte à la main, je flânais dans les rayons richement achalandés, revues, livres pas plus chers que dans les grandes enseignes puisque leurs prix sont fixés par les éditeurs. Ce sont donc mes yeux qui m’ont guidé, puis mes oreilles.

Derrière le comptoir, ses petites paroles pour les clients, habitués ou non. Pas de grands discours, elle est bien trop respectueuse. Parfois juste une écoute. Juste ce qu’il faut de lien et d’attention pour que le client se sente mieux et s’en aille avec un : « Merci ! » sincère et pas seulement courtois.
Mes oreilles et mes yeux m’ont donné envie de rencontrer.
Je me suis donc présentée en expliquant mon intention. Dans un premier temps j’ai essuyé un refus, par modestie. Puis, pour la cause du commerce de proximité et de son rôle dans le tissu social, elle a accepté. Elle se nomme Nicole.
Elle m’a accordé un entretien avant l’ouverture. Avec simplicité, Nicole m’a accueillie dans « son lieu à elle », comme elle le dit. Une boutique qu’elle et son mari ont repris le premier juillet 2017, puis rénovée, réagencée en février 2020. Auparavant Nicole avait toujours occupé des postes requérant le goût du relationnel. Accueil dans les assurances, cabinets comptables, assistante juridique, jusqu’au kiosque à journaux de Merville, pendant 4 ans.
Son investissement et sa gestion de « Bout’presse » correspondent à sa façon d’être avec sa clientèle. Au-delà des fournisseurs de presse tels que France messagerie ou MLP (Messageries Lyonnaises de Presse), Nicole choisit de travailler avec le local : des éditeurs, une librairie ou des commerciaux. Elle met un point d’honneur à les rencontrer, prendre le temps d’échanger pour entretenir une relation de confiance. Cette démarche personnelle démontre sa volonté de satisfaire sa clientèle. La vente n’est pas tout. Ce que Nicole apprécie aussi, c’est le plaisir de faire découvrir, de conseiller, d’essayer de répondre à la demande du client. Un sacerdoce qu’elle suit naturellement et qui lui vaut la fidélité de sa clientèle et de ses partenaires.

Pendant le confinement, les restrictions n’ont pas trop atteint sa boutique. Histoire de rompre l’isolement, de retrouver du lien, les personnes y passaient le matin, même plusieurs fois. Malgré le fait que les livres venaient à manquer, la presse, elle était épargnée et au rendez-vous, tout comme Nicole.
La seule fois où Nicole n’a pas été au rendez-vous, c’était en début d’année 2018. Pour des raisons de santé, à son grand regret, elle a dû s’absenter. Alors qu’ y venir était un réel soutien, la distrayant de la maladie. Personne ne se doutait de ce qu’elle affrontait. Toujours le sourire, avenante, toute en couleurs et coquetterie. « Rester positive, garder le sourire et avancer ».
La question de la vente du commerce s’est posée puis a été vite balayée. Elle n’a pas eu d’autres choix que de laisser sa place à son mari. Face aux questions fréquentes signifiant l’inquiétude des habitués, le couple décide de leur révéler la vérité. À son retour, Nicole est accueillie avec effusion. Embrassades, mots réconfortants, soulagements partagés. Cet épisode a sans doute renforcé les liens.
Depuis Nicole est au rendez-vous, masquée mais cela ne dissimule en rien son sourire et sa joie d’être là chaque jour d’ouverture. Elle ne vit pas sa boutique comme un travail. Heureuse d’y revenir après ses vacances, heureuse d’ouvrir ses cartons de retrouver ses partenaires et sa clientèle. Aucune envie de changer sa qualité de vie.
En proximité, proche, en contact, dans toute sa justesse et avec discernement, « Bout’presse » incarne parfaitement le commerce de proximité, ce qui fait toute sa grandeur.
Vous avez sans doute tous un commerce auquel vous tenez. Fermé il vient à manquer. « Bout’presse » fait partie des miens, et pourtant il n’est pas dans mon secteur. La proximité n’est pas qu’une histoire de distance, mais de plaisir.